Il fut un temps où les hommes investissaient dans la pierre, l’or ou les actions. Puis une idée bien plus audacieuse est apparue : investir dans la vie de couple. Le rendement promis ? L’amour éternel, la complicité, le bonheur partagé. Le résultat comptable ? Un déficit chronique, un découvert émotionnel et un abonnement illimité aux compromis.
Le couple est probablement le seul contrat où l’on signe sans lire les petites lignes. On entre avec des papillons dans le ventre, on ressort avec un crédit sur vingt-cinq ans, un abonnement chez IKEA et une collection de bougies parfumées qui coûtent plus cher qu’un plein d’essence.
Mon Premier : est financier
Au début, c’est presque mignon. Un bouquet de fleurs. Un dîner au restaurant. Une sortie improvisée. Puis arrivent les anniversaires de rencontre, les anniversaires tout court, la Saint-Valentin, Noël, les vacances, les cadeaux « juste parce que », les brunchs du dimanche, les escapades romantiques, les séances photo de couple, les concerts, les mariages des amis auxquels il faut offrir un cadeau… sans oublier les cadeaux pour les enfants des amis, parce qu’apparemment eux aussi existent désormais dans votre budget.
À un moment, votre compte bancaire ne ressemble plus à un compte courant mais à une zone humanitaire après une catastrophe naturelle / une zone sinistrée après un cyclone budgétaire.
- Le marketing appelle cela « faire plaisir ».
- Votre comptable des « dépenses récurrentes ».
- Votre banquier appelle cela « un mode de vie préoccupant ».
- Puis viennent les dépenses invisibles.
Vous achetez des coussins décoratifs qui n’ont jamais soutenu la tête de personne. Une couverture assortie au canapé. Des paniers en osier destinés à ranger d’autres paniers. Une lampe « qui apporte une ambiance ». Trois plantes vertes dont la mission principale est de mourir malgré tous vos efforts.
Vous découvrez également qu’un simple passage dans une boutique de décoration peut coûter le prix d’un week-end à Rome… pour repartir avec deux vases parfaitement inutiles mais « qui habillent la pièce ».
Le second : psychologique.
C’est là que les choses deviennent intéressantes.
Chaque conversation ressemble à une audition devant une commission d’enquête.
— « Tu trouves que cette robe me grossit ? »
Vous comprenez instantanément que ce n’est pas une question. C’est un examen oral dont aucune réponse n’est correcte. Le célèbre « Ça va ? » devient lui aussi un piège. Si vous répondez « Oui », c’est que vous ne vous intéressez pas à elle. Si vous demandez « Pourquoi ? », c’est que vous savez très bien pourquoi. Et si vous insistez, vous entendrez la phrase la plus dangereuse de la langue française : « Laisse tomber. » Personne n’a jamais laissé tomber. Puis vous découvrez le véritable pouvoir du silence.Dans un couple, cinq minutes de silence peuvent contenir davantage de reproches qu’un discours politique de deux heures 45.Quant au mythique « Fais comme tu veux », il mérite d’être classé parmi les plus grandes escroqueries linguistiques de l’humanité.
Il signifie généralement : « Tu es libre de choisir… tant que tu choisis exactement ce que j’attends. » Très vite, le couple devient un emploi à temps plein.
- Vous gérez les émotions.
- Vous négociez les vacances.
- Vous arbitrez le choix des séries Netflix et autres plateformes aussi destructrices les unes que les autres.
- Vous apprenez qu’il existe quatorze façons différentes de mal charger un lave-vaisselle.
- Vous découvrez que les rouleaux de papier toilette ne se remplacent pas tout seuls et que laisser une cuillère dans l’évier constitue, selon certains tribunaux conjugaux, une déclaration de guerre.
- Vous développez également une compétence rare : répondre à la question :
« Tu remarques quelque chose ? »
En moins de trois secondes. Sous peine de passer les prochaines quarante-huit heures à chercher ce qui a changé. La coupe de cheveux, les ongles, les chaussures, les rideaux ou le fait qu’elle ait déplacé une plante de vingt centimètres vers la gauche ?
Le troisième : est Physique.
Les nuits raccourcissent. Les week-ends disparaissent. Les déménagements s’enchaînent. Vous montez des meubles dont les notices semblent avoir été traduites du suédois vers le japonais, puis vers le français par un grille-pain. Vous transportez une machine à laver dans une cage d’escalier datant de Napoléon. Vous passez six heures dans un centre commercial pour repartir avec… une paire de chaussettes.
Vous découvrez aussi une nouvelle discipline olympique : tenir les sacs pendant que « ça ne dure que deux minutes ». Ces deux minutes correspondent approximativement au temps nécessaire pour traverser trois ères géologiques.
Et il y a les photos.
- Vous partez admirer un coucher de soleil.
- Vous pensiez contempler la nature.
- En réalité, vous devenez photographe officiel.
- Vous prenez cinquante clichés. Puis cinquante autres.
Puis vous recommencez parce que « sur celle-là, mes cheveux faisaient bizarre ».Le soleil, lui, est déjà couché depuis vingt minutes.
En quatrième : Les projets ?
Acheter une maison. Refaire la cuisine. Changer la salle de bain.Un ou deux enfants ? Adopter un chien, utile mais faut le sortir.Finalement prendre un chat, le despote ultimement mignon. Puis réaliser que le chat dirige désormais le foyer , plus efficacement qu’un régiment de SS et avec davantage d’autorité que les deux adultes réunis.
Et malgré tout cela…
Il continue. Pourquoi ? Parce que l’être humain est un animal fascinant. Il est capable de passer trois heures à monter une armoire sans s’énerver… puis de recommencer quelques années plus tard dans un autre appartement. Il est capable d’affirmer : « Plus jamais je ne fais les magasins un samedi »… avant d’y retourner le samedi suivant. Et il est surtout capable de répéter les mêmes expériences coûteuses en espérant un résultat différent.
Il appelle cela croire en l’amour. Les économistes parleraient plutôt d’un investissement à haut risque avec une rentabilité impossible à modéliser. Évidemment, cette chronique force volontairement le trait.
La réalité est heureusement bien plus nuancée. Bien que ?! Un couple peut être une source inépuisable de dépenses… mais aussi un formidable multiplicateur de bonheur, de soutien et de souvenirs.
Tout dépend des personnes, de leur équilibre et de leur capacité à faire en sorte que les efforts, les concessions et les fous rires soient partagés. (Ce qui est rare à en croire les témoignages silencieux dans les couloirs de psy ! à pardon dans les couloirs des bureaux, usines et centres commerciaux.), car le couple ne communique plus : il dévoile a ses amis, ses proches, ses collègues et/ou des inconnues ce qui ne vas pas masu surtout pas a son ou sa partenaire.
Mais il faut reconnaître une chose. Quand on observe certaines histoires de couple, on comprend enfin pourquoi les marchés financiers donnent parfois une impression de stabilité et paraissent si reposants.
Théophile Brévant (1946 Ap J.C. France – à ce jour)