Il existe une espèce humaine particulièrement confortable : le commentateur de
guerre. On le reconnaît à sa voix grave, à son air pénétré, à sa capacité prodigieuse à parler
de « sacrifice suprême » sans jamais risquer autre chose qu’un torticolis de plateau
télé. Pour lui, la guerre est une abstraction stratégique.
-Une courbe.
-Un rapport de force.
-Une nécessité historique.
-Un “enjeu géopolitique”.
Pour les autres, c’est un thorax ouvert par un éclat d’obus dans une boue glacée.
Mais l’époque adore les euphémismes. On ne dit plus qu’on envoie des gosses
mourir ; on parle de « projection de puissance ». On ne dit plus qu’on rase des villes ;
on évoque des « frappes de précision ». On ne dit plus qu’on enrichit des industriels ;
on célèbre « l’effort de défense ».
Un produit marketing
Et quel produit !

Rien ne rapporte autant qu’un continent terrorisé. Le pétrole flambe, les budgets militaires explosent, les fabricants d’armes sabrent le champagne pendant que les populations apprennent à compter leurs morts et leurs factures d’électricité, de gaz, de carburants… Le miracle du capitalisme guerrier est là : transformer des cadavres en croissance trimestrielle. Chaque bombe larguée est une subvention déguisée. Chaque conflit est un salon professionnel avec de vrais amputés pour faire la démonstration « d’efficacité » du matériel. Les actionnaires appellent cela « la stabilité des marchés ».
Paul Valéry, lui, avait éventré l’imposture en une phrase que tous les ministères de la
défense devraient afficher au-dessus de leurs bureaux : « La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. »
Les pauvres enterrent les pauvres pendant que les puissants déjeunent ensemble
dans des sommets internationaux protégés par des bouquets de fleurs et des petits
fours. Jamais les fils de milliardaires ne finissent en première ligne. Jamais les éditorialistes belliqueux ne traversent un champ de mines. Jamais les fabricants d’armes n’habitent les immeubles qu’explosent leurs produits. La guerre est toujours « patriotique » chez les autres.
Le peuple, lui, reçoit les discours moraux. On lui explique qu’il faut « défendre nos valeurs ». Curieusement, ces valeurs prennent souvent la forme de pipelines, de zones d’influence, de minerais rares ou de contrats énergétiques. On meurt rarement pour la poésie. On meurt beaucoup pour des intérêts économiques rebaptisés civilisation. Et il faut entendre les prêtres médiatiques du carnage expliquer que la guerre « fait
tourner l’économie ». Ah oui, évidemment. : Comme un incendie fait tourner les pompiers.
Selon cette logique de charognard comptable, une ville détruite serait une opportunité de reconstruction. Un amputé deviendrait un indicateur de croissance. Un char d’assaut remplacerait avantageusement un hôpital puisque, après tout, les deux créent de l’emploi. Pourquoi s’arrêter là ? Une pandémie relance aussi l’industrie funéraire. Un tremblement de terre stimule le bâtiment. Un naufrage fait travailler les assurances.
À ce niveau de cynisme, Néron pourrait donner des conférences TEDx sur l’innovation par l’incendie. Le plus obscène est peut-être cette manière qu’ont les classes dirigeantes de parler de courage alors qu’elles ont externalisé tous les risques. Elles privatisent les profits et nationalisent les cercueils.
Les peuples paient :
– avec leurs impôts,
– avec leurs enfants,
– avec leur santé mentale,
– avec des décennies de ruines.
Et les gagnants ?
Quelques industriels, quelques spéculateurs, quelques stratèges de think tanks qui ne supporteront jamais autre chose qu’une coupure de Wi-Fi dans un hôtel cinq étoiles. On prétend que la guerre révèle la grandeur des nations. En réalité, elle révèle surtout la petitesse des élites qui la rendent possible.
Car derrière chaque grand discours martial se cache souvent une vérité beaucoup plus vulgaire : quelqu’un va devenir très riche. L’histoire entière des guerres modernes ressemble à une immense laverie morale où l’on blanchit des intérêts privés avec le sang des anonymes. On drape les cercueils dans des drapeaux pour éviter qu’on regarde les factures.
Et quand enfin les survivants rentrent ; mutilés, hagards, brisés ; les mêmes
responsables viennent expliquer qu’il faudra « faire des efforts », « réduire la dette »,
« réformer les dépenses publiques ». Étrangement, l’argent magique réapparaît toujours pour les missiles mais jamais pour les écoles, les retraites ou les hôpitaux. Un pays capable de financer mille chars est soudain ruiné quand il faut remplacer unsimple drap, un lit d’hôpital !? Alors on recommence le théâtre :
-les vieux parlent d’honneur,
-les riches parlent de sécurité,
-les industriels parlent d’innovation.
Et les pauvres creusent et fleurissent des tombes. Puis les monuments aux morts surgissent sur les places publiques, gigantesques alibis de pierre destinés à masquer une vérité insupportable : La plupart des guerres ne sont pas faites par nécessité morale, mais parce qu’elles sont politiquement utiles, économiquement rentables et humainement payées par ceux qui n’ont jamais la parole. Mais qui se laissent porter par la folie de leurs « élites »
Dr Mansour mai 2026
En guise de conclusion : « Vous vous prétendez l’espèce consciente de cette
planète, mais vous n’êtes qu’une horde de singes apeurés ayant remplacé les crocs
par des contrats et les massues par des institutions.
Vous avez transformé la cupidité en vertu, la domination en système, et l’égoïsme en
moteur de civilisation. Même vos élans de bonté sentent le calcul social.
Vous bâtissez des tours pour cacher vos charniers, des banques pour organiser
votre rapacité, des drapeaux pour donner une poésie au massacre. » Dr Zaius /
Malcolm Jammal 2026