Ce soir à 20 h
À Rouen, une conférence autour de Helena Blavatsky sera organisée par la Nouvelle Acropole rue de Buffon.
Présentée comme une simple rencontre philosophique ou spirituelle, cette initiative pose pourtant une question essentielle : peut-on parler de Blavatsky sans dénoncer ses théories raciales ?
Derrière le folklore ésotérique, les références à la sagesse antique et les discours sur l’élévation spirituelle, il existe une réalité historique bien plus dérangeante. Blavatsky n’est pas seulement une mystique du XIXe siècle.
Elle développe une vision hiérarchisée de l’humanité à travers sa théorie des « races-racines ». Certaines populations y seraient plus évoluées spirituellement que d’autres. D’autres seraient décrites comme dégénérées ou inférieures. Peu importe que ce langage soit qualifié de « symbolique » ou « ésotérique » : l’idée centrale demeure celle d’une hiérarchie humaine. Sans oublier ses fameux « songes » qui lui auraient dévoilés une liste de cinq races supérieures dont la race aryenne !
Et l’Histoire nous a appris où peuvent mener ces idées.
Les théoriciens racialistes européens du début du XXe siècle, notamment dans les milieux occultistes allemands, ont puisé dans ce terreau intellectuel. Mythes aryens, élites spirituelles, peuples supérieurs, décadence des civilisations : tous ces thèmes ont circulé avant de nourrir certaines composantes idéologiques du fascisme européen.
Dire cela ne signifie pas que Blavatsky était nazie. Elle est morte avant la naissance du nazisme. Mais prétendre que ses théories n’ont eu aucun rôle dans la diffusion d’une vision hiérarchique des peuples serait tout aussi faux. Alors pourquoi, aujourd’hui, remet-on en avant cette pensée ?
Ces types de conférences réapparaissent dans une époque marquée par la montée des radicalités identitaires, des discours anti universalistes et des fantasmes civilisationnels !
La question mérite d’être posée.
J’ai souhaité assister à cette conférence afin d’ouvrir un débat contradictoire sur ces sujets. J’ai annoncé honnêtement mon intention : parler des liens historiques entre certaines doctrines ésotériques et les pires idéologies d’extrême droite. La réponse fut un refus.
Ce refus interroge.
Si ces idées sont inoffensives, pourquoi craindre la contradiction ? Pourquoi éviter le débat public ?
Pourquoi refuser qu’on rappelle l’arrière-plan idéologique de cette pseudo philosophe ?
En France, la Nouvelle Acropole a déjà été mentionnée dans le rapport parlementaire de 1995 sur les mouvements sectaires. Même si cette liste est aujourd’hui considérée comme obsolète juridiquement, les interrogations demeurent sur le fonctionnement de ce type de structures : hiérarchie interne forte, recrutement progressif, discours élitiste, fascination pour des penseurs aux théories ambiguës.
Il ne s’agit pas d’interdire ni de censurer. Il s’agit d’informer et de dénoncer l’embrouille politique de ces conférences. Parce que les idées ont une histoire et aucune philosophie n’est neutre, les pires catastrophes intellectuelles commencent souvent par des concepts présentés comme abstraits, symboliques ou spirituels. L’Histoire européenne devrait nous avoir appris à reconnaître ces signaux avant qu’ils ne deviennent des évidences.
Remettre les théories de Helena Blavatsky en avant est une preuve de dérive politique vers l’extrême droite ou pire ! Refuser le débat contradictoire est une preuve de non-respect et surtout, cela démontre que les organisateurs ne sont pas à l’aise et sont bien embarqués vers un retour à des théories douteuses et dangereuses !
J’ai proposé un droit de réponse à la responsable de la Nouvelle Acropole de Rouen à cet article
Frédéric Quillet