L’indignation est devenue une mode. La cohérence, elle, semble être passée de mode.
À écouter certains militants, le monde se divise en deux camps : les oppresseurs et les opprimés. Les discours sont enflammés, les slogans impeccablement récités, les publications Instagram soigneusement calibrées, les hashtags omniprésents. Chaque manifestation devient un défilé de vertu où chacun rivalise d’indignation.Mais une fois les pancartes rangées, le militant exemplaire retrouve son quotidien… et ses contradictions.
Dénoncer une injustice est un devoir moral. Les souffrances du peuple palestinien sont bien réelles et méritent d’être dénoncées. Personne ne devrait rester indifférent face à la guerre, aux destructions et aux vies brisées. Mais une cause, aussi juste soit-elle, perd de sa force lorsque les actes contredisent les paroles.
Aujourd’hui, il est devenu courant de voir certains militants ou sympathisants de la cause palestinienne dénoncer avec virulence la politique de l’État d’Israël, appeler au boycott, partager des slogans engagés et afficher leur solidarité sur les réseaux sociaux… tout en consommant, parfois quotidiennement, des produits de marques qu’ils considèrent eux-mêmes comme liées à Israël ou qui sont visées par des campagnes de boycott.
On peut ainsi voir un manifestant brandir un drapeau palestinien tout en portant des chaussures Nike, un sweat Puma, une montre Apple :
– Il dénonce la politique de l’État d’Israël… depuis son iPhone.
-Il appelle au boycott… en effectuant ses achats sur Amazon.
-Il condamne les multinationales qu’il accuse de collaborer avec Israël… tout en utilisant Google pour organiser la manifestation et YouTube pour diffuser ses vidéos.
Il exige des sanctions économiques… mais ne renonce ni à son café Starbucks, ni à son menu McDonald’s * À quel moment le boycott est-il devenu un slogan plutôt qu’une conviction ? À quel moment le militantisme s’est-il réduit à un filtre sur une photo de profil, un drapeau accroché à un balcon et quelques stories indignées entre deux commandes en ligne ?
Le paradoxe est saisissant.
Plusieurs de ces entreprises sont régulièrement ciblées par des campagnes de boycott, notamment par le mouvement BDS ou d’autres organisations propalestiniennes, qui leur reprochent leurs activités, leurs investissements ou leurs partenariats liés à Israël. Dès lors, une question s’impose : si l’on estime que ces entreprises participent, directement ou indirectement.
On ne peut pas, d’une main, dénoncer une injustice et, de l’autre, alimenter économiquement ceux que l’on accuse d’y contribuer. Les appels au boycott perdent toute crédibilité lorsqu’ils ne commencent pas par ceux qui les lancent.
La solidarité ne se résume pas à une photo de profil, à un hashtag ou à une manifestation. Elle se mesure aussi dans les choix que l’on fait lorsqu’il s’agit de son portefeuille, de ses habitudes et de son quotidien. S’indigner est facile. Être cohérent demande davantage de courage. On ne peut pas appeler les autres au sacrifice lorsqu’on refuse le moindre inconfort personnel. On ne peut pas exiger des gouvernements qu’ils soient cohérents lorsqu’on ne l’est pas soi-même.
Évidemment, personne n’est irréprochable. Dans une économie mondialisée, il est pratiquement impossible d’éviter toutes les entreprises ayant des liens commerciaux avec Israël. Personne ne demande la perfection. Mais il existe une différence fondamentale entre faire de son mieux et ne faire aucun effort. Entre l’incohérence involontaire et l’hypocrisie assumée.
Cette réflexion ne concerne d’ailleurs pas uniquement la cause palestinienne. Elle vaut pour tous les combats. On ne peut pas défendre l’écologie tout en refusant de remettre en question sa consommation. On ne peut pas prôner les droits humains tout en fermant les yeux lorsque cela nous arrange.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la posture. Une indignation qui s’arrête là où commence le confort. Un boycott qui ne dépasse jamais les réseaux sociaux.
Une révolution qui s’interrompt devant la caisse du centre commercial. Les mots coûtent peu. Les convictions, elles, ont un prix. Et c’est précisément là que se joue la différence entre un engagement sincère et un militantisme de façade.
*Pour Starbucks et McDonald’s – Une question me taraude ! est-ce que ceux qui y vont ne mérite t’ils de vivent ? pour le primate évolué que je suis la réponse est définitivement NON !
Dr Mansour (8 juillet 2026)